Google Chrome est souvent montré du doigt pour sa consommation de mémoire, au point d’être devenu un symbole de lourdeur logicielle. Cette réputation largement relayée mérite pourtant d’être confrontée à des mesures concrètes. En comparant Chrome et Firefox sur plusieurs scénarios réels de navigation, les chiffres obtenus racontent une autre histoire. Dans la majorité des cas testés, Firefox consomme davantage de RAM, avec des écarts parfois très marqués, jusqu’à doubler la consommation de Chrome sur certains types de pages.
Firefox consomme jusqu’à 2 fois plus de RAM que Chrome sur Windows 11
- Firefox est plus gourmand que Chrome sur Windows 11
- Chrome consomme plus de ressources CPU
- D’où vient l’idée que Firefox consomme moins d’énergie ?
- Le cas particulier de Chromium sous Linux
Firefox est plus gourmand que Chrome sur Windows 11
Le tableau ci dessous synthétise l’ensemble des mesures réalisées sur les différents scénarios de navigation. Chaque valeur correspond à la quantité de mémoire utilisée par le navigateur une fois la page stabilisée.
| Scénario | Chrome | Firefox |
|---|---|---|
| Page d’accueil Google.com | 230 Mo | 330 Mo |
| Page d’accueil Assistouest.fr | 360 Mo | 430 Mo |
| Page avec bloqueur de publicité | 340 Mo | 690 Mo |
| 2 pages sans bloqueur de publicité | 650 Mo | 828 Mo |
| Page avec publicité active | 480 Mo | 740 Mo |
Sur la page d’accueil de Google, pourtant très légère et peu chargée en contenus, Firefox affiche déjà une consommation nettement supérieure. La différence représente environ une fois et demie la mémoire utilisée par Chrome pour un affichage équivalent.

La page d’accueil d’Assistouest confirme cette tendance. Sur un site WordPress optimisé, Firefox consomme là encore davantage de RAM. L’écart est moins marqué que sur la page Google, mais il reste mesurable avec une consommation environ 25% plus élevée.

Le scénario de l’article avec bloqueur de publicité met en évidence l’écart le plus significatif de l’ensemble des tests. Alors que le contenu est allégé par l’absence de publicités et de scripts tiers, Firefox atteint une consommation mémoire environ deux fois supérieure à celle de Chrome. Ce résultat tranche nettement avec l’idée reçue d’un Firefox systématiquement plus léger.

Enfin, sur un article avec publicité active, Chrome se situe à 480 Mo, tandis que Firefox monte à 740 Mo. Dans ce cas précis, Firefox consomme nettement plus de mémoire avec un différentiel qui dépasse les 50%. Ce dernier scénario confirme que la présence de publicités et de scripts tiers accentue encore les écarts observés. Sur tous les scénarios testés, Firefox consomme plus de RAM que Chrome sur des pages simples ou optimisées.
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Chrome consomme plus de ressources CPU
Chrome a tendance à solliciter davantage le processeur en raison de son modèle multiprocessus agressif et de ses nombreux mécanismes d’anticipation. Préchargement de pages, préconnexion aux ressources et exécution rapide des scripts entraînent une activité CPU plus fréquente, même lorsque l’utilisateur n’interagit pas directement avec la page. Cette approche améliore la réactivité globale du navigateur, mais se traduit par des pics de charge plus visibles sur les pages riches en scripts ou en publicité.
À l’inverse, Firefox adopte une stratégie plus conservatrice côté processeur au prix d’une utilisation mémoire plus élevée. Le navigateur privilégie la mise en cache et la conservation en mémoire de nombreux éléments afin de limiter les recalculs et les réveils CPU. Ce choix réduit l’activité du processeur mais augmente la consommation de RAM lorsque plusieurs onglets ou contenus complexes sont ouverts. Ces différences ne traduisent pas une supériorité, mais deux philosophies techniques.
D’où vient l’idée que Firefox consomme moins d’énergie ?
L’idée selon laquelle Firefox serait moins énergivore que Chrome s’est construite dans le temps, au croisement de faits techniques réels, de comparaisons et d’un récit largement relayé sans être réinterrogé. À une période où Chrome gagnait rapidement des parts de marché, sa consommation de ressources était très visible sur les machines modestes. Firefox, alors perçu comme plus discret et plus respectueux du système s’est naturellement vu attribuer une image de sobriété qui a dépassé le cadre strict des mesures techniques.
Ce discours a ensuite été consolidé par les grandes phases de communication autour des évolutions de Firefox lors de l’arrivée de Firefox Quantum. Les gains de performance et de réactivité ont été assimilés à une meilleure efficacité énergétique alors qu’il s’agissait avant tout d’optimisations que Chrome avait déja integré depuis plusieurs années. Enfin, l’image de Firefox a joué un rôle important. Porté par une fondation et associé à des valeurs d’indépendance et de respect de l’utilisateur, il bénéficie d’un capital de confiance qui influence la lecture des comparaisons, tandis que Chrome souffre d’une réputation liée à son modèle économique assimilée à une surconsommation de ressources. Ces éléments ont façonné un récit rassurant, mais pas toujours aligné avec les usages réels.
Le cas particulier de Chromium sous Linux
Les comparaisons entre Chrome et Firefox doivent être abordées avec prudence lorsqu’elles sont réalisées sous Linux. Contrairement à Windows et macOS, Google Chrome n’y est pas utilisé directement et beaucoup d’analyses reposent en réalité sur Chromium. Bien qu’ils partagent une base commune, Chromium et Chrome ne sont pas équivalents et n’offrent pas le même niveau d’optimisation.
Chromium est le projet open source à partir duquel Chrome est construit. Il assure une compatibilité complète avec le web moderne, mais n’intègre pas l’ensemble des optimisations et composants présents dans les versions officielles de Chrome. Certaines améliorations liées à la gestion de la mémoire, à la planification des processus ou à l’accélération matérielle peuvent être absentes ou intégrées plus tardivement, d’autant plus que Chromium est souvent compilé par les distributions Linux avec des choix techniques variables. Ces différences peuvent influencer les performances et la consommation de ressources. Firefox, de son côté, est distribué de manière plus homogène par Mozilla, ce qui peut donner l’impression qu’il est plus sobre sur Linux.


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