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#477 / WORDPRESS

En France, 31 à 36 % des internautes utilisent un bloqueur de publicités

1 Français sur 3 bloque les publicités. Découvrez pourquoi ce chiffre explose, comment cela menace le web gratuit et quelles solutions peuvent sauver vos revenus en ligne.

7 min Adrien
En France, 31 à 36 % des internautes utilisent un bloqueur de publicités

Le Web est devenu un champ de mines publicitaire. Pour échapper aux bannières qui clignotent et aux vidéos qui se lancent toutes seules, un internaute français sur trois a fini par installer une ligne de défense. La dernière mesure indépendante en France, réalisée par l’IAB France et Ipsos, chiffrait cet usage à 36 %. Elle date de 2016, mais les données mondiales récentes confirment que la pratique n’a rien perdu de son ampleur, bien au contraire.

Combien de Français utilisent un bloqueur de publicités ?

Environ un tiers des internautes français utilisent un bloqueur de publicités. Le dernier chiffre national fiable remonte à 2016, quand le baromètre IAB France et Ipsos relevait un taux de 36 %, contre 30 % en début d’année. Aucune enquête nationale d’ampleur n’a été publiée depuis pour actualiser ce chiffre.

Faute de mesure française récente, il faut se tourner vers les panels mondiaux pour situer la tendance actuelle. Au deuxième trimestre 2025, 29,5 % des internautes de la planète bloquaient les publicités, soit près de 1,77 milliard de personnes. L’Europe se situe historiquement au-dessus de cette moyenne, ce qui rend le tiers français toujours crédible aujourd’hui.

PérimètreTaux d’adoptionSourceAnnée
France36 %IAB France / Ipsos2016
Monde29,5 %GWI / Backlinko2025
États-Unis32,5 %GWI / Backlinko2025

Ces statistiques proviennent d’enquêtes en ligne menées sur de larges panels d’internautes. Les participants déclarent s’ils utilisent ou non un adblock. La méthode de mesure fait varier la proportion exacte, mais toutes les études concordent sur un ordre de grandeur stable. Entre un quart et un tiers des internautes bloquent aujourd’hui la publicité, et la France est dans le haut de cette fourchette.

Pourquoi les internautes installent un bloqueur de publicités ?

La saturation publicitaire est la première raison invoquée. En 2025, 63,5 % des utilisateurs de bloqueurs déclarent en avoir installé un parce qu’il y a tout simplement trop de publicités, et 53,5 % parce que ces publicités gênent la lecture. Entre les bannières animées, les pop-ups et les vidéos en lecture automatique, la navigation devient vite pénible.

La performance pèse aussi lourd. Chaque annonce ajoute ses scripts, ses images et ses traceurs, ce qui alourdit les pages. En bloquant ces éléments, l’internaute gagne en vitesse d’affichage, économise de la bande passante et réduit sa consommation de données. C’est un vrai confort sur les forfaits mobiles limités, et c’est une des raisons pour lesquelles la publicité dégrade souvent l’expérience utilisateur.

La vie privée, une motivation qui monte

La protection des données arrive juste derrière. En 2025, 42,4 % des utilisateurs de bloqueurs citent la vie privée parmi leurs motivations. Les régies publicitaires collectent des informations massives sur les habitudes de navigation à l’insu des internautes.

Le bloqueur agit alors comme un bouclier. Il empêche le chargement des cookies tiers, bloque une partie des scripts invisibles et complique la collecte d’empreintes numériques. Cette logique de protection va souvent plus loin que le simple adblock, avec des outils qui limitent aussi le fingerprinting de votre navigateur ou neutralisent le pistage publicitaire avec AdNauseam.

Pourquoi les internautes bloquent la publicité Graphique en barres horizontales. Trop de publicités 63,5 %, publicités gênantes 53,5 %, protection de la vie privée 42,4 %, publicités non pertinentes 39,8 %. Source GWI via Backlinko, 2025. Pourquoi les internautes bloquent la publicité Part des utilisateurs de bloqueurs citant chaque motivation (2025) Trop de publicités 63,5 % Publicités gênantes 53,5 % Protection de la vie privée 42,4 % Publicités non pertinentes 39,8 % Source : GWI via Backlinko (2025)

Un profil jeune et de plus en plus mobile

Les jeunes adultes restent le cœur de cible. Aux États-Unis, 41 % des 18-24 ans utilisent un bloqueur, et l’adoption culmine chez les 25-34 ans. On observe encore une légère majorité masculine, avec 34,5 % des hommes de 25-34 ans contre 28,3 % des femmes du même âge.

Cet écart se réduit à mesure que le blocage se démocratise sur mobile. Longtemps cantonné au bureau via les extensions de navigateur, l’usage a basculé. Le mobile a dépassé le desktop en usage de bloqueurs dès la fin 2023, porté par les navigateurs qui intègrent nativement un filtre et par les options d’iOS et d’Android. Aujourd’hui l’usage se répartit presque également entre ordinateurs et smartphones.

Quelles conséquences pour les éditeurs de sites ?

Les pertes se chiffrent en dizaines de milliards. En 2024, les bloqueurs de publicités devaient priver les éditeurs de 54 milliards de dollars de revenus à l’échelle mondiale, soit environ 8 % des dépenses publicitaires numériques. Pour les médias, les blogs et les créateurs, cette érosion fragilise directement le modèle économique.

Le nombre d’utilisateurs concernés ne cesse de grimper. On comptait déjà 912 millions d’utilisateurs actifs de bloqueurs dans le monde au deuxième trimestre 2023, en hausse de 11 % en dix-huit mois. Pour un site fortement dépendant de la publicité, cela représente un manque à gagner considérable sur son audience.

Ce que les bloqueurs coûtent aux éditeurs Graphique en barres verticales. Pertes réelles 54 milliards de dollars grâce au filtrage publicitaire, contre 116 milliards de dollars sans ce dispositif, pour l’année 2024. Source eyeo, Ad-Filtering Report, 2024. Ce que les bloqueurs coûtent aux éditeurs Pertes de revenus publicitaires dans le monde en 2024 54 Md$ Pertes réelles avec le filtrage publicitaire 116 Md$ Pertes estimées sans le filtrage publicitaire Source : eyeo, Ad-Filtering Report (2024)

Face à cette réalité, les éditeurs se sont adaptés. Certains affichent un message quand ils détectent un bloqueur, pour inciter le visiteur à le désactiver ou à faire un don. D’autres misent sur l’abonnement, qui donne accès à un contenu premium sans publicité. Les contenus sponsorisés et le marketing d’influence se sont aussi imposés comme des sources de financement en dehors des régies classiques.

Les limites d’Acceptable Ads et des appels aux dons

Le programme Acceptable Ads autorise uniquement des annonces jugées discrètes et non intrusives. Il a séduit plus de 300 millions d’utilisateurs opt-in en 2023, en progression de 42 % en dix-huit mois. Sans ce dispositif, les pertes des éditeurs auraient d’ailleurs atteint 116 milliards de dollars au lieu de 54.

Mais l’accueil des utilisateurs reste tiède. 82 % des personnes équipées d’un bloqueur préfèrent une expérience publicitaire allégée par défaut plutôt qu’un message leur demandant de désactiver leur outil. Les appels aux dons ne mobilisent qu’une fraction infime des visiteurs, et l’abonnement suppose une audience engagée que peu de sites atteignent.

Ces alternatives ne compensent donc pas les pertes. Les éditeurs doivent repenser leur modèle, diversifier leurs revenus ou déployer des systèmes anti-adblock plus avancés. Aucune de ces pistes ne fait l’unanimité auprès d’un public qui a précisément choisi de bloquer la publicité.

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Manifest V3 rebat les cartes du blocage publicitaire

Google a durci les règles du jeu sur Chrome. Avec Chrome 138, sorti le 24 juillet 2025, le navigateur a définitivement désactivé les extensions Manifest V2, dont la version complète d’uBlock Origin. Le nouveau cadre Manifest V3 limite ce que les bloqueurs peuvent filtrer.

Les utilisateurs ont réagi sans abandonner le blocage. uBlock Origin Lite, compatible Manifest V3, dépassait 17 millions d’utilisateurs actifs sur Chrome en juin 2026, contre moins d’un million mi-2024. Beaucoup ont aussi migré vers des navigateurs épargnés par ces restrictions. Ceux qui tiennent à la version complète peuvent d’ailleurs encore réactiver uBlock Origin sur Chrome pour un temps.

Firefox et Brave restent immunisés contre Manifest V3. Le blocage natif de Brave opère au niveau du navigateur, en dehors de l’API des extensions. Un choix qui compte au moment de définir votre navigateur par défaut. Pour un blocage à l’échelle du réseau entier, un filtre DNS comme Pi-hole ou AdGuard Home échappe totalement à ces contraintes de navigateur.

Les bloqueurs de pub poussent les créateurs vers l’affiliation

Le web gratuit reposait sur un échange simple. Un contenu accessible à tous, financé par la publicité. Avec la montée des bloqueurs, ce modèle vacille. Les alternatives comme Acceptable Ads, les dons ou l’abonnement ne compensent pas la perte de revenus, et laissent l’affiliation comme principale planche de salut pour beaucoup de créateurs.

Ce basculement n’est pas neutre. Il oriente le web vers la promotion commerciale, où l’on publie d’abord pour générer des commissions. L’information risque alors de se plier à l’objectif de vendre, au détriment de l’indépendance éditoriale et de la diversité des contenus. La qualité d’un article se mesurerait moins à ce qu’il apprend qu’à ce qu’il fait acheter.

Sans un modèle plus équilibré, nous pourrions glisser d’un internet libre et pluraliste vers un écosystème où chaque page devient un argument de vente. Reste que l’internaute, lui, a déjà tranché. Tant que la publicité restera aussi intrusive, il continuera de la bloquer, et c’est aux éditeurs de réinventer le pacte. Pour prendre la main de votre côté, notre guide des meilleurs bloqueurs de publicités détaille les solutions les plus efficaces.